The Trees

« De quelle sorte suis-je ? Je connais un nouveau jeu. Je me pétrifie brusquement et je ne bouge pas pendant des heures. Je fais semblant de réfléchir et de grandir à l’intérieur de mon être. Je le fais assez vraisemblablement. Lors de mon imitation des arbres, quelqu’un d’autre, mal informé, penserait que je fais vraiment pousser des racines. Je m’épanouis par mes oreilles. Par les étreintes. Par la respiration. Même les oiseaux se trompent parfois, ils se posent dans mes cheveux, ils font un nid sur mon épaule. Je fais semblant d’être un rêveur fragile. Le randonneur maladroit. Le compagnon de voyage lent. Je le fais en silence pour ne pas réveiller les arbres, qui dorment les uns à côté des autres. De quelle sorte suis-je ? »                                                        Miroslav Antic, « Hodajući na rukama »

Guidée par la poésie de Miroslav Antic, je m’engage dans ce nouveau jeu d’imitation. Tel l’arbre créant son espace avec ses feuilles, je choisis la tapisserie comme processus de fabrication ; technique manuelle qui, procédant par la répétition des mouvements, se transforme en méditation. Pour Les arbres, les tapisseries sont produites avec des textiles provenant de vêtements abandonnés recueillis par des proches. Ce matériau, comme une deuxième peau dont nous sommes devenus inséparable, est l’essence même de ces œuvres. La base en dentelle accueille par endroit des fils et tissus qui s’entremêlent et créent des zones colorées plus ou moins abstraites, transparentes, sur des fonds blancs ou noirs. La broderie est tendue dans un cadre en bois chevillé sur un socle, portant ainsi l’œuvre à hauteur d’homme. La tapisserie devient volume, d’un côté l’arbre visible, de l’autre le geste et sa trace rendent visible l’intérieur du corps de l’arbre, de la forêt. Conçue pour être ouverte, telle une fenêtre, le châssis permet à la broderie de se déployer dans l’espace. Lors d’exposition cette série est accrochée en ligne aux murs, elle rappelle alors une longue frise de forêt. La possibilité de modifier la composition par l’observateur est possible tout au long de l’exposition, par le jeu d’ouverture et de fermeture des châssis.

Conçues à la verticale sur des tissus tendus dans des cadres de 100 à 150 cm, l’acte de création est physique. Dans l’atelier ou lors de performances, L’arbre prend vie avec la musique, notamment celle improvisée du guitariste italien Pietro Baldoni lors des duos de performance. Comme la poussée végétale, la mélodie évoque ici la naissance, le développement et la croissance. Le rythme de la musique et celui des fils qui percent la dentelle sont inséparables des émotions véhiculées, d’une mélancolie, un entremêlement des âmes, un temps de communion entre l’homme et le végétal qui place ce travail dans la lignée du romantisme.

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